La fin des médecins « de famille » à domicile

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D’ici quelques semaines, le tarif modestement plus élevé qui était payé aux médecins de famille pour visiter un patient à domicile sera aboli. La rémunération de ces visites deviendra identique à celle versée en cabinet. En clair, la RAMQ n’indemnisera plus le médecin pour son temps de déplacement, même en cas d’urgence.

Une exception demeure, heureusement, pour les personnes en perte « sévère » d’autonomie, incapables de sortir de chez elles sans déployer d’efforts importants, sans présenter de risque élevé pour leur intégrité, sans besoin de supervision continue ou en soins palliatifs.

Si les médecins à domicile sont rarissimes au Québec, ils le seront davantage avec cette mesure comptable qui vise vraisemblablement à maximiser la « productivité » en cabinet.

Pourtant, vu d’un angle médical, le médecin est extrêmement « productif » lorsque, d’un coup d’œil, il prend conscience de la dynamique du patient dans son milieu de vie. De ses relations familiales ou de son isolement, de son statut socio-économique, de ses obsessions ou de ses négligences, de la qualité de son hygiène ou de son alimentation, de ses habitudes de vie et de sa gestion des médicaments.

À la maison, le lien de confiance se trouve fortifié, la consultation a quelque chose de plus humain, le médecin est moins intimidant, l’environnement n’est pas artificiel. Quant au respect du patient, qui n’attend pas dans une salle d’attente bondée, froide et contagieuse, il atteint des sommets.

Ceux qui seront affectés par ce nivellement seront peu nombreux, au Québec, du fait de la rareté des médecins à domicile. Dans ma clientèle, ce sont des familles avec de jeunes enfants, des mères monoparentales, des miséreux sociaux, des familles d’accueil, des familles d’autochtones et d’immigrants, des couples de gens âgés « mobilisables » et des patients vulnérables avec maladies chroniques qui sont encore relativement autonomes.

C’est la fin du véritable médecin « de famille », déjà agonisant, moribond. La vocation finit par avoir ses limites.

Ailleurs au Québec, un service ingénieux et apprécié comme Jonquière Médic, qui offre des consultations d’urgence à domicile, pourrait être menacé.

La volonté politique de transformer le système de santé en usine et les médecins en pions, avec ses effets déshumanisants et dépersonnalisants qui se répercutent sur les patients, aura finalement raison des visites à domicile pour la clientèle générale, vestige de l’époque d’Hippocrate, dont le serment affirme encore : « dans quelque maison que je rentre, j’y entrerai pour l’utilité des malades. »

Un commentaire

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  1. Sophie Dore · mai 12, 2016

    Dommage. Les besoins sont réels mais les solutions non supportées. Les personnes âges en souffriront